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DES
STRATEGIES D'INTERVENTION DE LA FEDERATION ANARCHISTE
Motions
du 54ème Congrés (Rennes 17,18,19 mai 1997)
Pour notre organisation
il s'agit de définir une stratégie politique adaptée d'une part aux
principes fondamentaux qui marquent la spécificité et l'ancrage de
l'anarchisme et, d'autre part, aux manifestations particulières et
aux mécanismes sociétaires :
- perte de confiance
vis-à-vis de l'alternative politique,
- montée des
exclusions et de la misère : économiques, sociales...,
- chute du "
communisme ",
- critique de
l'idéologie.
Mais avant tout,
nous devons répondre collectivement et de manière unanime, en tant
que militant(e)s de l'organisation politique " Fédération anarchiste
" [... Et non Fédération " des " anarchiste(s)] à la question : "
Est-il nécessaire de mettre en place une quelconque stratégie globale
? " En effet, la stratégie nous renvoie explicitement à la science
ou l'art de combiner les forces qui sont les nôtres, forces qui se
trouvent impliquées dans la lutte sociale, afin de (les) (nous) mener
à des résultats positifs, voire même à la victoire [De quelle victoire
peut-il s'agir ? Peut-être celle qui consisterait à aider les individus
à se passer des " professionnels " de la politique...]...
La stratégie est
donc : action conjuguée, réfléchie et menée collectivement afin de
réaliser un but commun défini lui-même collectivement.
La confrontation
sociétaire - quelle que soit la nature profonde de cette confrontation
- passe par des étapes et des moments qu'il n'est pas bon de subir
mais plutôt de maîtriser. La stratégie aide à approcher cette maîtrise
nécessaire au cœur de la confrontation. La tactique, les tactiques
devrions-nous écrire, représentent la configuration des moyens employés
et des différentes propositions faites en vue d'obtenir le maximum
d'efficacité et ce, afin d'ancrer totalement notre stratégie dans
le réel.
Stratégie et tactique
(à un degré moindre) semblent donc répondre plus à une nécessité qu'à
un besoin marginal. Sauf à vouloir n'être que des témoins de notre
temps, aptes seulement à indiquer à partir de la marge la voie à suivre,
nous nous devons de mettre en œuvre les grands axes d'une stratégie
anarchiste de transformation de la société.
Appliquons-nous
donc à débattre de certains axes stratégiques fondamentaux :
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Face
à l'électoralisme
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Il ne s'agit pas
ici de redéfinir les différentes propositions idéologiques, philosophiques
et historiques de l'anarchisme en matière d'anti-étatisme, d'antipolitisme,
d'anti-électoralisme ou d'antiparlementarisme. Elles représentent
notre patrimoine idéologique commun. Elles sont connues de toutes
et de tous dans notre organisation et dans les organisations libertaires
et les mouvances anti-autoritaires amies. En revanche, il paraît nécessaire
d'axer nos efforts d'information vers l'extérieur :
- campagne vers
le " grand public ",
- campagne vers
les médias d'information (nationalement, régionalement et localement),
- meetings et
conférences de presse... intégrant des personnalités qui nous sont
proches.
Idéologiquement
notre anti-électoralisme doit passer du stade du simple rejet - même
explicité - d'un système (acte à connotation négative), au stade de
la proposition alternative : développement des initiatives " citoyennes
" multiples, diversifiées qui assument officiellement en leur sein
ce rejet : " Nous pratiquons cette forme alternative de l'engagement
car nous nous refusons à reproduire un acte d'abandon de souveraineté
: en l'occurrence voter... "
Voter un peu c'est abdiquer beaucoup !... pourrait s'avérer être un
slogan intéressant qui indiquerait que l'individu se réapproprie sa
souveraineté et se remet à " bouger " au moment où il abandonne l'acte
de voter, acte d'abandon par excellence.
Un second point
mérite d'être abordé. La propagande diffusée par la classe politique,
toutes tendances confondues à gauche, propagande relayée le plus souvent
par les médias, voire même les associations dites " citoyennes ",
s'emploie à dénoncer notre abstentionnisme comme étant de nature à
favoriser le Front national.
Il n'est nullement question d'abandonner la plus petite parcelle de
nos convictions anarchistes en matière d'anti-électoralisme. Il est
en revanche nécessaire de répondre à nos détracteurs au moyen d'arguments
différents de ceux employés en matière de perte de souveraineté individuelle
ou collective.
Il est bon de montrer et de démontrer qu'historiquement, sociologiquement
et même culturellement l'électoralisme conduit, par le jeu des alliances
et des rapports de force inhérents à ce système, à une impasse : l'avènement
à terme du totalitarisme politique. Ajoutons que le fascisme, " les
" fascismes, se nourrissent de l'arithmétique politicienne tout en
s'appuyant sur les déséquilibres sociaux.
L'alternative
sociale tant prônée par les anarchistes et par notre fédération doit
trouver un ancrage stratégique fort autour d'un vaste regroupement,
à notre initiative, d'individus et de groupes locaux, régionaux et
européens qui proposent de nouvelles formes de vie, sociales et culturelles...
Des individus
et des groupes qui se regroupent sur la base de revendications intégrant
des dimensions de dignité, de solidarité et d'égalité tels que :
- le droit à
l'usage d'un logement pour chaque individu,
- le droit de
se déplacer sans tracasseries administratives et policières à l'intérieur
et à l'extérieur de la C.E.E.,
- la possibilité
offerte à chacun de s'informer et de se former tout au long de son
existence,
- le respect
des droits fondamentaux des êtres humains et... notamment des enfants,
- la possibilité,
offerte à chaque individu, de subvenir à ses besoins physiologiques,
psychologiques et culturels,
- la possibilité
pour chaque individu de se coaliser dans des comités de quartiers,
d'usines, de villages, ou dans des lieux culturels.
La fédération
de ces comités représente la véritable alternative fonctionnelle à
la gestion administrative social-démocrate actuelle.
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Notre
antifascisme
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Notre organisation
doit, dans les circonstances actuelles, offrir le cadre d'une perspective
antifasciste rupturiste :
- à l'éruption
" civique " et populaire qui se développe,
- au retour vers
le " politique " paradoxalement méfiant à l'égard des " politiques
"...
La stratégie de
notre organisation en matière d'antifascisme doit, en tout état de
cause :
- ne pas limiter
l'affrontement au seul Front national. Ce parti s'appuie en effet
sur des valeurs identitaires, de fierté d'appartenance nationale,
sur des valeurs d'ordre et de sécurité, sur des valeurs de hiérarchie
et de méritocratie, sur des idées inscrites dans la " culture nationale
". Or, ces valeurs sont assez largement partagées par des individus,
groupes et partis au-delà du Front national.
- ne pas tomber
dans la politique de l'amalgame - théorique et idéologique - qui
tend à ranger sur un même plan par exemple, le FN et le PS. Le FN
n'est ni le jouet, ni la " création " du Parti socialiste (de l'ère
mitterrandienne) pas plus que l'épouvantail agité par une droite
revancharde...
Aussi devons-nous dénoncer simultanément et de matière différenciée
:
- le programme xénophobe et antisocial du parti de l'extrême-droite,
- la politique économique et sociale du gouvernement actuel,
- les perspectives - ou plutôt l'absence de perspectives - du changement
sociétaire réel, dans les divers programmes et propositions de la
social-démocratie, humaniste ou dite " révolutionnaire ".
- éviter de
réduire la lutte antifasciste à la seule lutte anti-capitaliste.
Le fascisme recouvre des réalités diverses, des types de société
qui peuvent être différents, même si, fondamentalement, ils reproduisent
des fonctionnements similaires au quotidien : notamment l'absence
de libertés individuelles et l'absence de respect de la personne
humaine...
Nous devons :
- combattre
le fascisme sur le terrain de l'idéologie et du programme,
- affirmer
d'autres valeurs,
- reconstituer
autour de ces valeurs un courant d'opinion large,
- mettre en
place des pratiques alternatives...
Il ne faut pas
reconstituer un Front uni des démocrates contre Le Pen, récurrence
dans l'histoire d'une tradition antifasciste qui n'a réussi au mieux
qu'à faire reculer les échéances de prises du pouvoir, mais jamais
n'a opéré un réel barrage à ce même fascisme, pas même à sa légitimation
populaire...
Nous devons proposer la fédération du niveau local jusqu'au niveau
européen d'une force antifasciste
- autour d'une
plate-forme définissant des objectifs concrets évitant ainsi l'écueil
des collectifs " unitaires " dans lesquels la largesse des idées
vaut surtout pour absence d'idées et le flou idéologique gomme toute
idée sérieuse de changement...
- autour de l'affirmation
de l'identité libertaire, de nos analyses, de nos pratiques permettant
ainsi de développer et renforcer le courant antifasciste libertaire
en même temps que de nouveaux lieux et espaces d'intervention,
- capable de
fournir à tout un ensemble de personnes qui rejettent consciemment
ou inconsciemment le fascisme, un cadre concret et militant favorisant
ce rejet tout en renouant avec le " politique " et l'idée d'action
collective, autour de valeurs d'égalité, de solidarité, d'entraide...
- oeuvrant pour
des conquêtes sociales et culturelles qui investissent divers lieux
de vie : associations, concerts, circuits indépendants, quartiers,
villages, entreprises... Cette reconquête doit passer par un travail
à l'intérieur des structures syndicales existantes afin d'y mener
le débat et la confrontation des points de vue...
- susceptible
d'éviter la compromission politicienne favorisée par les autres
opérations antifascistes déjà existantes ou qui vont se créer à
l'approche des échéances électorales à venir...
- en ne
leur prêtant pas plus d'importance qu'à de simples opérations
à caractère ou à but politicien,
- en ne s'associant
que de manière conjoncturelle avec ces autres composantes de
" l'antifascisme " - ou plutôt anti-lepénisme - afin de sauvegarder
à l'intérieur de la lutte sociale des espaces d'intervention,
d'information et de lutte radicaux
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L'anarchisme
ouvrier
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Nous avons choisi
à dessein ce titre afin de bien établir ce que représente l'intervention
anarchiste dans le monde du travail dans un premier temps et dans
le mouvement ouvrier dans un second temps.
Le monde du travail
est une réalité socio-économique évolutive. En revanche cette réalité
reproduit depuis l'origine quelques récurrences susceptibles de retenir
toute notre attention :
- le monde du
travail regroupe deux mondes qui s'opposent sur la base d'intérêts
divergents et irréconciliables : les exploiteurs et les exploités.
- la lutte qui
s'en suit et qui oppose ces deux mondes peut prendre un caractère
révolutionnaire dès lors que la classe des dépossédés se donne comme
but le renversement du pouvoir des possédants et la mise en place
d'un système débarrassé de toutes références aux notions de propriété,
de hiérarchie, d'exploitation et de pouvoir. Le mouvement ouvrier
réalise le second objectif et tend à regrouper la classe de celles
et ceux qui subissent (à des degrés divers) le salariat, l'humiliation
du lien de subordination et de l'exploitation capitaliste. A tous
ceux-là il faut ajouter celles et ceux qui, privés de salaires (les
exclus du travail), subissent l'exploitation et l'humiliation du
capitalisme de manière indirecte et l'humiliation quotidienne de
l'Etat, garant de la paix sociale bourgeoise. Le regroupement en
syndicats ou bien en collectifs de travailleurs a suscité dans l'histoire
(et il en va de même aujourd'hui), l'intérêt des anarchistes quant
à la forme de la lutte à mener contre l'exploitation, contre le
capitalisme, contre l'aliénation et contre l'Etat.
Le syndicalisme
révolutionnaire de la fin du XIXe siècle (jusqu'en 1902), représente
l'apport idéologique et pratique de l'anarchisme au mouvement ouvrier
révolutionnaire.
Les limites du
modèle syndicaliste révolutionnaire sont apparues avec le dévoiement
des idées d'origine. " Tout le pouvoir aux syndicats " [La
Révolution prolétarienne n° 168 et 169 - février 1934] a même remplacé
un temps " Tout le pouvoir au parti " n'offrant ainsi aux travailleurs
révolutionnaires qu'une seule perspective : débattre uniquement des
rôles respectifs des uns et des autres mais ne permettant aucunement
de résoudre la quadrature du cercle : la gestion d'une société communiste
libertaire une fois la révolution en marche...
L'expérience historique
est là pour nous rappeler, si besoin était, que la lutte contre l'influence
anarchiste dans le mouvement ouvrier a profité aux étatistes - social-démocrates
de tous ordres - et a été facilité entre 1918 et 1926 [Création par
P. Besnard de la C.G.T.-S.R.] - et même ultérieurement - par une fraction
d'hommes se réclamant du syndicalisme révolutionnaire, mais peu enclins
à défendre une société communiste libertaire, anarchiste...
Le communisme
libertaire, qui s'intéresse aux divers aspects de la vie en société
aborde de manière globale la lutte révolutionnaire.
- Le syndicat
peut être l'un des organes de lutte et de gestion dans le secteur
de la production.
- La commune
est l'organe de lutte et de gestion dans les secteurs de la distribution,
de l'administration, de la culture, etc.
La fédération
intelligente et opérationnelle de ces deux entités étroitement imbriquées
peut éviter les déviations auxquelles ont abouti la plupart des parenthèses
" révolutionnaires " opérées par le haut : Russie, Cuba [Il s'agit
de pays ou de régions du monde dans lesquels le système a changé (ça
ne concerne pas l'Ukraine de 1917-1921 ou l'Espagne de 1936-37).],
Chine, etc.
A partir de ces
éléments, la Fédération anarchiste doit développer une stratégie pluri-directionnelle
d'investissement du mouvement ouvrier (travailleurs et chômeurs compris).
- Nous devons
favoriser le développement de toutes les expériences :
• qui tendent à mettre en avant l'autonomie de réflexion et d'action
des salariés,
• qui dépassent le cadre de la simple revendication corporatiste
ou catégorielle afin d'intégrer celui de l'agencement sociétaire.
- Nous devons
renforcer - quand ils existent -, les syndicats se réclamant expressément
de l'anarcho-syndicalisme et rejetant l'électoralisme bourgeois
sans aucune réserve, ainsi que l'ensemble des organisations adhérant
aux finalités et fonctionnements libertaires.
- Dans la mesure
où le mouvement révolutionnaire ouvrier nous offre des espaces militants
de réflexion et de lutte, nous devons les investir individuellement
et collectivement en tant que F.A. sans jamais omettre que la révolution
sociale recouvre une multitude de remises en cause, dont certaines
n'ont aucun lien objectif avec la question de la production.
Les anarchistes
ont de ce fait une place centrale dans le combat ouvrier !
Nous devons :
- favoriser l'émergence
de tous les aspects de la contestation sociale...
- nous opposer
à toute forme de recomposition de l'Etat une fois la révolution
sociale entamée...
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